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Faut-il abolir la Banque centrale européenne ?

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Fonte taurillon.org – L’actualité économique et monétaire européenne semble mouvementée. La Banque nationale suisse a décidé de déconnecter la monnaie helvétique de l’euro. Angela Merkel a joué au poker pour influencer, en vain, le cours des élections en Grèce. La victoire d’un parti qui refuse à juste titre de subir la politique d’un establishment corporatiste, conservateur et au service des élites financières était inéluctable bien que son programme étatiste ainsi que son association avec une formation conservatrice et nationaliste restent regrettables. Enfin les élites à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) se décident à jouer les apprentis sorciers avec la monnaie unique au service de l’oligarchie financière qui, avec la complicité active des puissances publiques, nous a plongé dans la crise que nous continuons à subir. Les caprices et autres coups bas des dépositaires de la puissance publique ne cessent décidément pas de mettre à mal le projet civil européen. Cela doit cesser.

A quoi joue Mario Draghi ?

Les institutions et gouvernements européens sont décidément irrécupérables. Ils ont déresponsabilisé l’ensemble du secteur bancaire via des plans de renflouement aussi massifs qu’illégitimes (les banques irresponsables auraient dû faire faillite, tout simplement). Le risque systémique pourrait désormais être plus grand qu’avant la crise.

L’interventionnisme de la Troïka (ce corps obscur de diplomates nationaux assujettis à aucun véritable contrôle parlementaire) en Grèce s’est également résumé à appauvrir un pays pour gaver le secteur bancaire d’aides publiques. Voilà désormais que Mario Draghi se met à racheter des obligations d’État sur les marchés financiers (détenues par ces mêmes banques évidemment) dès que l’on apprend la possible victoire d’un parti dont la ligne politique consiste à remettre en question la légitimité de la dette publique.

Coïncidence ? Peut-être. Toujours est-il que cet interventionnisme monétaire que l’on nomme « Quantitative Easing » a curieusement été salué par l’ensemble de la presse européenne alors qu’il ne profitera qu’à l’élite financière déjà arrosée de liquidités du fait de politiques monétaires jusqu’ici ultra-accommodantes. Cette politique monétaire élaborée par l’élite et pour l’élite pose la question du monopole administratif de l’émission de la monnaie et donc de l’existence même de la BCE. Il faut s’empresser d’énoncer que même dans l’hypothèse de l’abolition de celle-ci, il est bien évidemment hors de question de retourner aux monnaies nationales.

Les soi-disant chercheurs et intellectuels favorables à ce scénario ne font que verser dans le nationalisme primaire. Tout d’abord, une administration nationale monopolistique n’est pas par essence meilleure qu’une administration supranationale au fonctionnement similaire. Ensuite parce que rien ne permet de décréter que l’échelle nationale est l’échelle la plus pertinente pour exécuter une politique monétaire exclusive. L’argument de la « diversité des modèles économiques nationaux » ne tient pas la route. Faire de la frontière nationale la plus pertinente pour délimiter les réalités économiques relève au mieux d’une décision arbitraire aveuglée par un nationalisme inconscient, au pire de la mauvaise foi aux arrières pensées consciemment nationalistes.

Par exemple, la région parisienne a sur le plan économique beaucoup plus de points communs avec les grandes métropoles européennes qu’avec la Corse, l’Auvergne ou la Martinique. Étrangement, nous n’entendons point les chantres de la diversité économique plaider pour un franc corse, un franc parisien, un franc auvergnat ou encore pour un franc martiniquais. La réalité tient à ce qu’il n’existe pas d’échelle pertinente pour délimiter l’exclusivité d’une politique monétaire. La question de l’échelle est d’ailleurs un faux problème. Le sujet essentiel concerne plutôt le caractère exclusif, monopolistique, centralisé, contraignant et bureaucratique de l’outil monétaire, ce qui la place mécaniquement entre les mains d’une élite.

Au contraire, la monnaie devrait être un instrument démocratisé et donc décentralisé. Elle doit être le fruit de fédérations volontaires et spontanées.

Privilégier les monnaies sociales concurrentielles en lieu et place des monnaies bureaucratiques exclusives

Les monnaies sociales sont des instruments d’échange institués par des organismes nés de coopérations spontanées et volontaires. Il s’agit généralement d’associations bancaires privées qui fonctionnent selon une dynamique fédérative, coopérative, mutualiste ou autre. Leur caractère contractuel fait qu’ils ne peuvent prétendre à l’exclusivité sur un territoire donné (ainsi pourrions-nous voir circuler plusieurs monnaies sur un même territoire).

Ces associations, parce qu’elles sont par essence soumise à la concurrence ainsi qu’à l’absence d’exclusivité territoriale sont beaucoup plus facilement contrôlables par leurs usagers que les banques qui détiennent un monopole territorial en matière monétaire. Nous pouvons alors imaginer des monnaies émises par des structures associatives regroupant des particuliers, des associations ainsi que des entreprises à l’échelle locale, supra-locale, continentale voire mondiale. Ces personnes seraient libres de s’affilier à une ou plusieurs monnaies associatives. Un tel système serait tout à fait envisageable.

Contrairement à ce que prétend la vision économique dominante, la monnaie n’est pas un élément par nature vouée à être aux mains des institutions étatiques. Tout d’abord parce qu’aucun phénomène social n’est naturel. Ensuite parce que l’échange marchand (fut-il commercial ou non) ainsi que la monnaie sont tous deux des phénomènes antérieurs à l’État. Enfin, il est bon de rappeler qu’il n’y a en matière économique et sociale rien qu’une association ne puisse pas faire au moins aussi bien qu’une administration. La seule différence entre ces deux formes d’entités tient à ce que la première se fonde sur le contrat là où l’autre se fonde sur la contrainte.

En l’espèce, les banques associatives susmentionnées seraient libres de choisir leur « politique » monétaire. Cette dynamique auto-gestionnaire aurait une légitimité supérieure aux politiques pratiquées aujourd’hui dans le cadre des banques centrales. La concurrence favoriserait les expérimentations ainsi que les innovations en matière de politique monétaire. Parmi ces innovations, on peut penser à la perspective d’un revenu universel ou encore à l’exemple des monnaies fondantes même si, hélas, la plupart des expériences monétaires privées ont été avortées par les autorités centrales qui y voyaient un dangereux outil d’émancipation vis-à-vis de leur tutelle contraignante.

Les banques associatives s’inspireraient des échecs et des réussites de leurs concurrentes. Les échanges internationaux ne seraient pas entravés par les risques de change. Ce système combinerait à la fois liberté et flexibilité. Il satisferait l’idéal d’unité de la société civile en Europe et dans le monde mais également la diversité des revendications individuelles et collectives en matière monétaire, et cela indépendamment des considérations nationalistes.

La BCE et l’euro ayant été conçus comme des instruments au service du projet européen, on peut légitimement s’interroger sur les conséquences de leur abolition sur l’intégration européenne. Le dernier paragraphe a ainsi l’ambition de convaincre les fédéralistes que l’euro et la BCE ne sont en rien l’alpha et l’oméga de l’aboutissement de notre projet fédératif. Bien au contraire.

L’abolition de la BCE compromettrait-elle l’intégration européenne ?

Comme on vient de l’énoncer, l’euro et la BCE n’ont pas été conçus pour des considérations économiques. La zone euro a été conçue comme un projet politique avant toute chose. Il ne s’agit à l’époque que d’un simple instrument au service de l’unité politique du continent. Mais l’instrument en question est-il réellement indispensable voire tout simplement compatible au regard de la finalité poursuivie ? Ne constitue t-il pas plus un obstacle qu’autre chose ? Nous avons tort de concevoir le projet européen comme un projet politique. Car qui dit politique dit pouvoir et domination, les deux notions contre lesquelles se sont battues les pères fondateurs. Ainsi le projet européen doit-être vu non plus comme une conquête pour le pouvoir mais une conquête pour la liberté. Il ne serait plus un projet “politique” mais un projet “civil” ou de “civilisation” au sens libéral du terme.

Seule cette perspective serait compatible avec les objectifs de l’idée européenne. Abolir les États-nations et l’ordre westphalien qu’ils ont mis en place. Dépolitiser et individualiser les relations internationales pour conforter l’exercice des libertés individuelles (non seulement économiques mais également civiles et politiques) au-delà des cadres arbitrairement institués par les nationalismes. Promouvoir la paix en arrachant aux États qui détiennent le monopole de la guerre la compétence diplomatique au profit de la société civile. Favoriser les conditions de l’émancipation individuelle et la fraternité humaine qui découleraient d’une société libre et pacifiée.

Ces objectifs sont bien évidemment incompatibles avec l’idéologie qui consacre la primauté des souverainetés étatiques sur la scène internationale et des rapports de force politiques qui en découlent. Mais on voit mal également comment l’existence d’une institution monétaire centralisée, monopolistique, irresponsable et dépendante des rapports de puissance diplomatique (l’indépendance de la BCE n’étant plus qu’un mythe qu’autre chose) peut servir cette finalité.

La BCE et la monnaie unique ne nous unissent point, pas plus qu’elles nous libèrent. Elles nous divisent et asservissent en reproduisant la même logique westphalienne et les mêmes constantes de la géopolitique européenne que nous essayons de combattre depuis 60 ans. Les coups de la BCE portés sous la ceinture d’un certain nombre de pays pendant la crise de la zone euro (Grèce, Irlande, Chypre, Espagne, Italie, les tentations très fortes d’exclure la Grèce de l’Union européenne,« le berceau de notre civilisation », à l’issue d’une élection populaire au nom de considérations économiques ainsi que le ressentiment général vis-à-vis de “l’hégémonie allemande” par rapport à la définition de la stratégie économique de la zone euro (si tant est qu’il y en ait une) l’illustrent bien et devraient nous interpeller.

De plus, une monnaie monopolistique assujettit nos vies à des volontés politiques centralisées au service d’une caste irresponsable, ce qui s’apparente plus à une situation de servitude grande échelle qu’à la liberté continentale que nous essayons de consacrer. Les banques centrales n’existent en effet que pour asseoir la domination des États et de ses élites sur le plan économique. Or le projet européen est né contre cette même forme de domination. La reproduire à l’échelle continentale constitue donc un contre-sens philosophique et va à l’encontre de la philosophie fédérative qui suppose des institutions aux assises résolument contractuelles.

Enfin, si les liens civils et sociaux que nous cherchons à favoriser par l’abolition des nationalismes ne dépendent que de l’existence d’une monnaie bureaucratique, c’est qu’ils sont bien plus pauvres et virtuels que l’on ne l’admet. On préfèrera au contraire considérer la qualité supérieure des solidarités transnationales spontanées par rapport aux relations sociales construites de toute pièce par les bureaucraties monopolistiques. C’est pourquoi dépolitisation totale des questions monétaires est indispensable à rectification du projet européen.

Fonte: http://www.taurillon.org/faut-il-abolir-la-banque-centrale-europeenne

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